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Communauté musulmane : Le Vénérabale Chérif de Nioro distingué PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Toure Sambi   

Tout le gotha du monde musulman s’était donné rendez-vous, le 2 janvier dernier, dans la ville sainte, avec en tête le président de l’institution islamique, Mahmoud DICKO. Motif : décerner un diplôme de reconnaissance au chef spirituel de la communauté hamalliste, Mohamédou Ould Cheick Ahmad Hamahoullah,

pour son engagement et son soutien à la cause de l’islam au Mali, notamment dans le cadre de la lutte contre le nouveau code des personnes et de la famille dont l’adoption et l’application en l’état allaient sonner le glas des valeurs islamiques et traditionnelles dans ce pays d’honneur, de dignité et de solidarité.

Le samedi 2 janvier 2010, dès l’aube, les responsables du Haut conseil islamique du Mali (HCIM), les chefs religieux, les imams et autres érudits convergeaient vers le siège de l’institution islamique, sis à l’ACI 2000. Tous ont répondu présent : Mahmoud DICKO, le président du HCIM ; Mamadou DIAMOUTENE, le secrétaire général du HCIM ; Aboubacar CAMARA ; Bandiougou DOUCOURE ; Baber NYENYAO ; Cheick Tidiane HAIDARA, président de la commission contrôle ; Koké KALLE, imam de la grande Mosquée de Bamako ; M. DIA, imam de la mosquée sunnite de Malimag ; etc. Chérif Ousmane Madani HAIDARA, 2è vice-président du HCIM, lui, ayant pris le départ de chez lui-même pour rallier directement Nioro du Sahel où la forte la délégation du HCIM, composée de 58 personnes au total, était attendue par le Chérif Mohamédou Ould Cheick Hamahoullah.

Béma ou la porte du Kingui

Le convoi officiel, qui a quitté Bamako à 8h15, est arrivé à 13h55 à Béma, une ville située à 30 km de Nioro du Sahel, après une pause de quelques minutes à Diéma sur la route principale de Kayes. Ici, la porte d’entrée du Kingui composé de 66 villages, la délégation a été accueillie par les notabilités, les chefs religieux et coutumiers, le maire et une foule nombreuse de musulmans fervents et enthousiastes : Wally DIAWARA, chef de village ; Hady FOFANA, maire ; Hady BADIAGA, imam ; etc. « C’est la première fois que Béma est aussi noire de monde », a confessé le maire FOFANA.

Tous ont tenu à saluer le combat du HCIM dont l’engagement et la détermination ont fait échec à l’adoption et à l’application du nouveau code des personnes et de la famille qui ne cadre pas avec les valeurs de l’islam ni les us et coutumes du pays. Ils ont assuré le HCIM de leur soutien indéfectible et de leur volonté de se battre et de mourir pour la cause et le progrès de l’islam.

En retour, le président DICKO a félicité les fidèles musulmans de Béma pour la qualité de leur accueil et rendu hommage aux chefs coutumiers et religieux qui sont, selon lui, les véritables gardiens du temple religieux et traditionnel. Il a invité les uns et les autres à la l’entente, à la cohésion et à l’unité pour la cause de l’islam. Ce qui, du reste, a-t-il martelé, est un devoir qui incombe à tout musulman. Car, a prêché l’imam DICKO, Dieu est avec ceux qui sont unis dans la voie qu’Il a tracée pour eux.

Mais avant de quitter les lieux, les membres de la délégation ont observé la prière de midi et se sont restaurés sur insistance des musulmans de Béma.

La ville lumière

Peu avant 15h, la délégation a repris la route pour arriver aux portes de Nioro du Sahel à 15h10 où elle a été accueillie par le fils du Chérif, Moulaye Omar HAIDARA, et une foule compacte de fidèles musulmans massés des deux côtés de la voie et tout au long du parcours.

A 15h50, la délégation est arrivée chez le Chérif dans sa nouvelle résidence appelée « Kaïmé », située derrière le principal marigot qui coupe la ville en deux, après une brève escale à la Zawiya mère de Cheick Ahmad Hamahoullah, en plaine restauration, sise au quartier Tichitt ainsi baptisée en souvenir des origines lointaines de la famille chérifienne dans la Mauritanie actuelle.

Les membres de la délégation ont été tous installés par le nommé Moulaye Omar HAIDARA qui a eu, à 20h, un long entretien en tête-à-tête avec le président DICKO. Mais rien n’a filtré dudit entretien.

A 20h50, les membres de la délégation et les fidèles du Chérif Hamallah ont pris place sous une tente maure qui a été érigée pour la circonstance.

Accueil triomphal

En sa qualité d’hôte, le Chérif Mohamédou Ould Cheick Hamallah, a souhaité la bienvenue à tous les membres de la délégation du HCIM et à tous les fidèles musulmans présents. Il a exprimé toute la joie qui l’animait d’accueillir chez lui les membres du HCIM et les chefs religieux qui les accompagnaient pour la même cause : le progrès de l’islam et l’unité des musulmans. Car, a-t-il précisé, l’unité, la cohésion et la fraternité des musulmans sont certes l’œuvre de Dieu lui-même ; mais c’est un devoir sinon une obligation pour les musulmans de travailler à celles-là. Ce faisant, c’est un honneur pour tous si l’on assiste au progrès de l’islam. Au contraire, si l’islam régresse au Mali, a prévenu Bouillé HAIDARA, ce serait l’échec de tous les musulmans.

Le Chérif Mohamédou Ould Cheick Hamallah, Bouillé HAIDARA a été conforté dans ses propos par le secrétaire général, Mamadou DIAMOUTENE, qui a présenté les principaux membres de la délégation du HCIM qui a quitté Bamako, avant de saluer à son tour la qualité exceptionnelle de l’accueil qui leur a été réservé. Cette visite, a-t-il rappelé, est un devoir de reconnaissance du HCIM envers le Chérif de Nioro, Bouillé HAIDARA, pour le travail énorme qu’il a abattu aux côtés du HCIM pour tout le Mali dans le dossier capital du code avorté des personnes et de la famille. Cette victoire, a déclaré DIAMOUTENE, n’est pas celle du HCIM, mais celle du Mali entier. L’apport de Nioro du Sahel, a-t-il souligné, y a été décisif, en particulier l’engagement personnel du Chérif.

Les amabilités courtoises

Prenant la parole à la suite de M. DIAMOUTENE, le président DICKO a rendu grâce à Dieu et à son prophète Mahomet (PSL), avant de saluer à son tour Bouillé HAIDARA et les fidèles musulmans de la ville sainte de Nioro auxquels il a rendu un hommage appuyé et sincère pour la défense de la cause de l’islam.

Après les salutations et les salamalecs d’usage, l’imam DICKO a indiqué que c’est une visite de courtoisie du HCIM qui est une promesse faite au Chérif de Nioro. Ladite visite rentrant, selon lui, dans le cadre des missions de service public du HCIM au nom et pour le compte des musulmans du Mali et la cause de l’islam : unité, cohésion et fraternité. C’est pourquoi, il a fondé beaucoup d’espoir sur le soutien, l’accompagnement et les bénédictions du Chérif de Nioro pour la réussite de ces missions confiées au HCIM par les chefs religieux qui sont les véritables piliers de l’islam et dont les membres du HCIM ne sont que d’humbles coursiers. Aussi, le président DICKO a-t-il présenté les excuses du HCIM pour avoir fait déplacé le Chérif Bouillé HAIDARA à Bamako au sujet du fameux code des personnes et de la famille dont le texte a été voté, le 3 août 2009, par les députés maliens à une écrasante majorité. Toutes choses témoignant de l’humilité du Chérif de Nioro pour la cause de l’islam.

Le réveil des musulmans

Le clou de la sortie de l’imam DICKO a été la raison profonde de cette visite du HCIM à Nioro du Sahel, à savoir : rendre hommage au Chérif pour son combat en faveur du progrès de l’islam et de l’unité des musulmans ; lui remettre en conséquence un diplôme de reconnaissance, une première du genre ; solliciter son appui et ses bénédictions pour le travail que le HCIM mène pour que triomphent au Mali les valeurs islamiques et les enseignements du prophète Mahomet (PSL).

Très touché par cette marque d’estime et de reconnaissance, Bouillé HAIDARA a commenté l’épisode du code des personnes et de la famille avec beaucoup de philosophie populaire : « A quelque chose malheur est bon ». Ce qui s’est passé, a-t-il expliqué, a surpris et fait beaucoup de mal à la communauté musulmane du pays ; mais, en même temps, s’est-il réjoui, il a provoqué le réveil des musulmans qui étaient dans un profond sommeil face aux valeurs de l’islam et à notre danbe (us et coutumes identitaires).

«Nous ne sommes pas contre le gouvernement ni opposés au pouvoir », a tenu à préciser le Chérif de Nioro. Mais la vérité, a-t-il soutenu, est qu’ils ont touché à certains fondements même de la religion islamique qui concernent et organisent la vie des musulmans dans ce qu’elle a de plus chère et de plus intime : le mariage et l’héritage. Les autres points de discorde n’étant que des excroissances de ces deux aspects. Aussi, a soutenu Bouillé HAIDARA, était-ce un devoir religieux pour tout musulman de s’opposer à ce code. Car, a-t-il rappelé, l’héritage est « partagé » par Dieu lui-même dans le Saint Coran de l’islam.

Si le pouvoir était plein de sagesse, a indiqué le Chérif de Nioro, il n’allait pas s’attaquer aux fondements de l’islam à travers ce code.

Mais les musulmans ont été trahis par leurs députés qui ont cautionné, par leur vote, ce code par 117 voix pour, 5 contre et 4 abstention.

Le vestibule de Kabala

Le lendemain dimanche, c’est-à-dire le 3 janvier, la délégation du HCIM était dans la grande famille Diakité au quartier Kabala où elle a été accueillie, à 10h, par l’imam de la grande et unique Mosquée de la ville, Madiassa DIAKITE. Pour la petite histoire, a-t-on révélé, l’homonyme et grand-père de l’actuel imam y a dirigé la première plus de 40 ans sans interruption, le jour où il était absent étant celui de sa mort.

Le secrétaire général du HCIM, M. DIAMOUTENE, a présenté les membres de la délégation, avant d’exprimer la joie des fidèles musulmans de rende visite à leurs frères en islam sur cette terre bénie de Nioro du Sahel.

En réponse, l’imam DIAKITE s’est dit honoré par cette visite dans la voie de Dieu qui, a-t-il prévenu, est semée d’embuches. Car, a-t-il plaint le HCIM, ce n’est pas facile d’être le berger des hommes qui ont des caractères différents avec des idées souvent divergentes sur des détails. Mais, a-t-il conseillé, il faut s’en tenir à l’essentiel et prêcher, quoiqu’il advienne, la bonne parole : paix, unité et cohésion des fidèles musulmans qui doivent pouvoir surmonter les petites divergences et s’aimer mutuellement pour le seul progrès de l’islam. Aussi, s’est-il réjoui de pouvoir désormais mettre un visage sur les responsables du HCIM et autres chefs religieux qui parlement et agissent à Bamako au nom et pour le compte de tous les musulmans du pays. En terminant, l’imam DIAKITE a fait des bénédictions et souhaité le bonheur à tous les musulmans du Mali et du monde entier.

Pour sa part, le président DICKO a signifié à l’imam DIAKITE que le bureau national du HCIM était au complet à Nioro à quelques exceptions près et pour cause d’empêchement. Il s’agit, selon lui, de rendre visite aux chefs religieux et coutumiers qui sont, à ses yeux, les véritables piliers de l’islam et dont ils sollicitent l’accompagnement et les bénédictions. « Vous êtes notre soutien et notre force. Aussi, vous devons-nous notre succès dans tout ce que nous entreprenons au niveau du HCIM pour l’unité des musulmans et le progrès de l’islam », a-t-il indiqué.

L’administration saluée pour sa collaboration

A 10h50, la délégation du HCIM a été accueillie dans la grande salle de conférence par M. SYMPARA en lieu et place du préfet du cercle de Nioro, le colonel Falaye TANGARA, en déplacement à l’intérieur de son ressort administratif. M. SYMPARA a souhaité la bienvenue et un agréable séjour à la délégation du HCIM au nom de M. TANGARA, avant d’indiquer que l’administration publique est au service des populations dont elle contribue à l’épanouissent individuel et collectif avec le concours des uns et des autres. Elle est aidée dans cette tâche, s’est-il réjoui, par les chefs religieux et coutumiers avec lesquels l’administration entretien de bons rapports pour le bien des populations elles-mêmes. Aussi, selon lui, la venue du HCIM est-elle un encouragement à persévérer dans cette voie pour raffermir davantage la cohésion sociale à l’échelle locale, régionale et nationale.

Ici aussi, c’est M. Mamadou DIAMOUTENE qui a présenté, encore une fois, la délégation du HCIM conduite par son président, Mahmoud DICKO. Celle-ci, a-t-il indiqué, a profité de son séjour à Nioro auprès des chefs religieux pour rendre une visite de courtoisie aux autorités administratives et saluer la bonne entente et la franche collaboration qui existent entre celles-ci et ceux-là.

M. DIAMOUTENE a été conforté dans ses propos par le président DICKO qui, après avoir rendu grâce à Dieu et à son prophète Mahomet (PSL), a loué la qualité de cette collaboration entre les chefs religieux et les autorités administratives de la ville de Nioro dont les actions conjuguées sont à la base de la paix et de la stabilité qui règnent dans la Cité lumière du Sahel occidental, mais également dans tout le pays. Aussi, a-t-il souligné que cette visite de courtoisie était un devoir pour le HCIM qui ne peut qu’œuvrer au renforcement de ces liens pour le progrès de l’islam et l’unité des musulmans.

Le patriarche du Kingui

Juste après, à quelques encablures de là, les dignitaires religieux du HCIM étaient les hôtes, à 11h15, du patriarche de la communauté DIAWARA, Mady DIAWARA, âgé de 92 ans, qui trône sur une confédération de 66 villages du Kingui.

Encore une fois, l’honneur est revenu à Mamadou DIAMOUTENE de faire la présentation de la délégation du HCIM qui comprenait les principaux membres du bureau national avec le président Mahmoud DICKO en tête, mais aussi des imams et d’autres chefs religieux résidant à Bamako dont l’imam de la grande Mosquée, Koké KALLE, auquel revenait régulièrement l’honneur de dire la prière de bénédictions.

Evoquant les raisons profondes de cette visite que le HCIM effectuait ainsi à Nioro du Sahel, le président DICKO a souligné que c’était une manière sincère pour l’institution islamique de rendre hommage aux chefs religieux et coutumiers de la ville qui demeurent, à ses yeux, les vrais piliers de la société malienne en contribuant à y maintenir la paix, la cohésion et la stabilité. En effet, a-t-il martelé, sans leur rôle de gardiens du temple, le bateau-Mali allait sérieusement tanguer sinon même chavirer depuis belle lurette. D’ailleurs, a argumenté l’imam DICKO, les valeurs de l’islam et celles de la tradition sont complémentaires à plus d’un titre. Aussi, a-t-il sollicité leurs bénédictions, soutien et accompagnement pour permettre au HCIM de remplir sa modeste mission d’émissaires de la communauté musulmane du pays.

En réaction à ces propos, Mady DIAWARA s’est félicité de cette visite du HCIM dont il sa salué l’engagement et la combativité pour la cause de l’islam et des valeurs sociales, notamment à travers l’affaire du code des personnes et de la famille dont l’adoption et l’application allaient sonner le glas de l’islam et de notre danbe, c’est-t-à-dire notre système de valeurs sociales faites d’honneur, de dignité et de solidarité que nous avons hérité de nos ancêtres les plus lointains. Mais, a prévenu le patriarche des DIAWARA, la voie de l’islam finira toujours par triompher quels que soient les obstacles qui seront dressés devant lui par ses ennemis tapis dans l’ombre ou à visage découvert. A ce sujet, il a relaté un fait historique qui s’est passé à Nioro du Sahel avec la prise de la ville, en 1891, par le colonel Louis ARCHINARD à la tête de l’armée coloniale française : l’échange de poulets entre le conquérant Français et le représentant de la famille TALL, le volatile du premier étant totalement déplumé tandis que celui du second l’était à moitié et par endroits. Selon le vieux DIAWARA, le colon Français a demandé à M. TALL la signification de son geste qui symbolisait le fait de faire table rase du passé africain et islamique de la ville et même du pays. Quant à la réplique énigmatique de M. TALL, elle n’était pas moins pleine de signification : les touffes de plumes symbolisaient que tant qu’il resterait des hommes sur cette terre de Nioro du Sahel, il y aura toujours des personnes qui vont suivre, vaille que vaille, la voie islamique de Dieu. N’est-ce pas que nous sommes dans ces deux cas de figure aujourd’hui avec, d’un côté, des responsables maliens qui veulent éradiquer l’islam et la tradition à travers le code de la famille et d’autres mesures similaires et, de l’autre, des chefs religieux via le HCIM pour faire échec à ce projet satanique, s’est interrogé le sage du Kingui. En effet, a-t-il développé, si hier les Français nous ont dominés par les armes, aujourd’hui, ils nous imposent leurs vues par le biais de l’école où les enfants sont aliénés et convertis à leurs propres systèmes de valeurs sociales qui sont à l’antipode des nôtres.

La Tijaniya omarienne

A 11h45, la délégation est arrivée dans la famille TALL, sise au quartier Maguiraga-Counda, où elle a été reçue par le chef spirituel de la branche omarienne de la confrérie Tijaniya, en la personne d’Amadou Thierno Hady TALL, qui avait à ses côtés son cadet Bou TALL, d’autres membres de sa famille et de nombreux talibés. Le maître des lieux, Amadou TALL, a remercié à son tour le HCIM pour l’honneur qu’il lui a fait par cette visite de courtoisie. Selon lui, ils sont tous animés par la même volonté et pour la même cause : le progrès de l’islam grâce à la paix, à la cohésion et à l’entente des musulmans qui sont tous frères en la religion. En effet, a plaidé M. TALL, les musulmans doivent s’aimer les uns et les autres pour éviter le désaccord entre eux. Celui-ci n’ayant que des conséquences néfastes pour les musulmans et sur la santé de l’islam que tous ont le devoir sinon l’obligation de protéger et de promouvoir avec l’aide de Dieu.

En réponse, l’imam DICKO a informé son hôte que la délégation du HCIM comprenait les principaux membres du bureau national, mais aussi les imams et d’autres chefs religieux résidant à Bamako dont l’imam de la grande Mosquée, Koké KALLE. Concernant les raisons profondes de cette visite que le HCIM effectuait dans la ville sainte de Nioro du Sahel, le président DICKO a souligné que c’était une manière sincère pour l’institution islamique qu’il a l’honneur de présider avec modestie de rendre hommage aux chefs religieux et coutumiers de la ville. Lesquels demeurent, selon lui, les vrais piliers de la société malienne en contribuant à y maintenir la paix, la cohésion et la stabilité. En effet, a-t-il répété, le HCIM n’est que le messager des chefs religieux auprès des fidèles musulmans et des plus hautes autorités du pays. Aussi, a-t-il salué la courtoisie et la modestie par lesquelles M. Amadou TALL répond promptement aux appels du HCIM dans le cadre des actions que celui-ci mène pour la défense et le progrès de l’islam au Mali dont sa famille figure parmi les porte-flambeaux les plus prosélytes à travers l’héritage d’El Hadj Omar TALL.

L’union sacrée des musulmans

Après ce tour d’horizon dans les principales familles maraboutiques de la ville et chez le chef coutumier des DIAWARA, la délégation du HCIM a regagné le domicile du Chérif Bouillé HAIDARA qui a fait une seconde sortie, à 15h, pour évoquer à nouveau les sujets majeurs qui préoccupent en ce moment les musulmans du Mali : le progrès de l’islam, l’unité et la cohésion des musulmans ; le code des personnes et de la famille ; la peine de mort.

Concernant le premier point et après avoir renouvelé son salut fraternel à l’endroit du HCIM et exprimé sa joie d’avoir reçu un diplôme de reconnaissance de cette institution islamique, le Chérif de Nioro du Sahel a invité les musulmans à pratiquer l’amour sincère et fraternel du prochain et à tourner le dos au désaccord pour embrasser l’islam et faire face aux défis communs en rangs serrés et comme un seul homme. Les interprétations divergentes sur des détails mineurs ne devant point constituer de pommes de discorde. En effet, a-t-il rappelé, les musulmans sont d’accord sur les cinq piliers de l’islam dont l’observance obligatoire peut être exonérée sous certaines conditions, à l’exception de la Foi en Dieu et en Mahomet comme son dernier Messager. Car on peut ne pas jeûner pour longtemps ou temporairement si on en est empêché par une maladie chronique ou pour cause de voyage circonstancié ; pour distribuer la zakat, encore faudrait-il être au-dessus de la précarité et de la mendicité quotidiennes ; on peut être exempté d’aller à la Mecque si on en est éloigné et qu’on n’ait pas les moyens physiques ni financiers d’effectuer ce voyage ; on peut ne même pas prier du tout et sans compensation en ce qui concerne, par exemple, le malade mental ou la femme en menstrues. Aussi, a-t-il invité les musulmans à la cohésion, à l’entente et à l’union des cœurs et des esprits.

Pour ce qui est du code des personnes et de la famille, Bouillé HAIDARA a estimé que les musulmans ont été attaqués dans leur foi profonde et jusque dans leur intimité par le gouvernement qui a voulu modifier deux aspects importants dans la vie sociale de la communauté islamique : le mariage et l’héritage. Ce faisant, a-t-il insisté, les musulmans se sont réveillés en prenant conscience de leur force et du besoin d’unité face aux ennemis réels de l’islam et des valeurs sociales de notre pays. En effet, il s’est réjoui des statistiques suivant lesquelles 95% des Maliens sont musulmans et même plus. Mais il est revenu sur le fait que le rejet du code des personnes et de la famille n’était pas une manière de s’opposer au gouvernement ou d’être contre le pouvoir en place. Il s’agissait seulement de défendre sa foi et sa religion, car c’est Dieu lui-même qui a dit dans le Saint Coran comment partager l’héritage entre, par exemple, la fille et le garçon avec le double de la part de celle-là pour celui-ci. N’est-ce pas un sacrilège de soutenir que Dieu n’est pas juste dans ce partage et qu’il convient de corriger cette injustice par l’égalité entre le garçon et la fille en matière d’héritage ? En revanche, il s’est montré fâché contre les députés qui ont trahi les électeurs musulmans à l’exception de 5 qui ont voté contre cette loi et 4 qui se sont abstenus.

Quant à la question de la peine de mort, Bouillé HAIDARA a souligné qu’elle relevait de la responsabilité entière des autorités elles-mêmes, singulièrement celle du chef de l’Etat. Car, a-t-il argumenté, ce n’est pas les musulmans qui prononcent la condamnation à mort et ce n’est pas eux non plus qui ordonnent l’exécution de la sentence. En effet, ce sont ces autorités qui condamnent à la peine de mort toute personne confondue de crimes économiques avérés avec le détournement d’au moins 10 million FCFA ou d’autres crimes comme l’assassinat. Si par malheur les musulmans sont victimes de ces crimes, ils se limitent seulement à porter ces affaires à la connaissance des autorités compétentes en la matière. Point. Après, ils ne répondent de rien, ni devant Dieu ni devant quiconque.  

Devoir de vigilance

Avant de terminer, le Chérif de Nioro a recommandé aux musulmans, à travers le HCIM, d’être désormais plus vigilants sur les textes qui organisent et régissent notre vie même si c’est une république laïque : la Constitution du pays, les codes et autres textes majeurs et usuels. En effet, il a incité les uns et les autres à les lire attentivement et profondément pour échanger sur eux et comparer leur contenu avec les principes intangibles de l’islam et des valeurs sociales. Et chaque fois que des dispositions sont fondamentalement contraires à notre foi religieuse et à notre danbe, cela mérite, selon lui, d’être relevé et signalé aux autorités compétentes en la matière. Mais, a martelé Bouillé HAIDRA, une chose est sûre : les musulmans s’opposeront à toute disposition qui s’oppose à Dieu en s’attaquant à l’islam et à ses valeurs fondatrices.

Ce sont-là des propos réconfortants, a complimenté l’imam DICKO, en termes de conseils et de suggestions. Et le message a été reçu 5/5, a-t-il rassuré le Chérif de Nioro du Sahel. Car, a-t-il souligné, le HCIM n’attendait pas moins de Bouillé HAIDARA : l’appel à l’unité et à la cohésion des musulmans par-delà les clivages doctrinaires, alors que l’essentiel n’est pas en cause ; l’invitation à plus de réflexion sur les textes de la république qui réglementent la vie sociale de la nation pour pouvoir leur apporter les amendements ou les correctifs nécessaires dans le cadre de la laïcité de l’Etat, mais aussi dans le respect des principes fondamentaux de l’islam comme la religion pratiquée par 95% ou plus de la population malienne. Aussi, a-t-il promis que le HCIM serait à hauteur de mission et ne trahirait jamais la cause de l’islam, quoiqu’il advienne. Par ailleurs, l’imam DICKO a signifié qu’il était sur la même longueur d’onde que Bouillé HAIDARA : pas de rébellion contre le pouvoir ni d’opposition quelconque au régime. Mais, ce dont il est question, a-t-il martelé, c’est le devoir de protéger l’islam et celui de protester ou de suggérer chaque fois qu’il est porté atteinte aux valeurs et principes véhiculés par cette religion et son prophète Mahomet (PSL).

Par Seydina Oumar DIARRA-SOD

Envoyé spécial

Info-Matin du Vendredi 15 Janvier 2010

 

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