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Mali: Vers un président demi-dieu pour une République vassalisée et une démocratie sous tutelle PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Toure Sambi   
Que ne se trompent pas ceux qui sont dans un survivalisme politicien hors saison et qui pensent que le Mali est un fruit mûr qui leur tombera dans la main comme dans une prophétie biblique. La bataille pour 2012 a déjà commencé avec le Rapport Daba et le projet de référendum en sera un tournant crucial. Car, de ce projet sortira une démocratie sous tutelle d’un président Demi-Dieu qui n’a de compte à rendre à personne et qui aura à sa dévotion et à sa merci des institutions fragilisées et une République vassalisée.

 

Que se réveillent ceux qui sont en train de se faire des chimères sur un hypothétique retour d’ascenseur en faveur du Mouvement démocratique pour être aux commandes des affaires en 2012. Si l’Adéma réussit, malgré tout, son coup, sans amande honorable ni contrition sincère, il faudrait qu’il compte sur la détermination « des hordes de sans-chemises et de sans-culottes » pour le déloger. Une promesse signée du Pr. Dialla KONATE qui doit rappeler au Pr Ali Nouhoun Diallo celle que lui-même avait faite au MPR en 1993 : « si le MPR gagne les élections, nous prendrons les armes… »

Que ne se trompent pas ceux qui pensent que le Mali est un fruit mûr qui leur tombera dans la main comme dans une prophétie biblique. La bataille pour 2012 a déjà commencé avec le Rapport Daba et le projet de référendum en sera un tournant crucial. Car, de ce projet sortira une démocratie sous tutelle d’un président Demi-Dieu qui n’a de compte à rendre à personne et qui aura à sa dévotion et à sa merci des institutions fragilisées et une République vassalisée.

Tel est, en ce début d’année 2010, le cri d’alerte d’un patriote observateur de la situation politique : le Pr. Dialla KONATE qui souhaite que 2010 soit « l’année où le Mali ouvrira plus largement la porte à son avenir » et qui lance un « appel aux forces démocratiques, patriotiques et républicaines afin qu’elles se mettent ensemble et se fassent représenter par un candidat unique aux élections présidentielles de 2012 ». Lisez :

 

Le moment est symbolique à plus d’un titre. Le monde est, ce mois de janvier, entré dans l’année 2010 en achevant la première décennie du premier siècle du troisième millénaire de l’ère chrétienne. Nous entamons également, au Mali, la cinquantième année depuis la fin officielle de la colonisation française et la naissance de la République indépendante.

Sur la grande scène du théâtre des jeux de rôles, une tâche de citoyens engagés que nous sommes est de regarder les événements publics, les sérier et les apprécier.

Il m’est parvenu des échos de certaines décisions qui sont à encourager. Ce ne sont que des promesses qui restent à accomplir, mais nous devons encourager le gouvernement à les réaliser.

Le Premier Ministre a décidé de mettre en place un groupe de travail consacré aux recommandations issues des assises des Etats Généraux sur la Corruption et la lutte contre la Délinquance financière. Est-ce suffisant ? En ce moment ? Non. Faut-il saluer le gouvernement pour cette décision ? Oui. Mais il faut l’encourager et le pousser à aller plus loin.

Le Président de la République a annoncé la construction d’un campus et aussi la mise en place d’accès Internet à haut débit pour le monde universitaire malien. Est-ce suffisant ? En ce moment ? Non. Faut-il saluer le Président pour cette décision ? Oui. Mais en même temps, il faut suivre la promesse et encourager son auteur à aller rapidement vers sa réalisation.

 

Nous Maliens sommes-nous entrain de construire le Mali ?

En ce début d’année, je voudrais m’adresser, si je le pouvais, à chacune et chacun des Maliens. Je souhaite que cette année nouvelle soit une année de changement de nos comportements individuels.

Lors de mes récents voyages au Mali, en 2009, je me suis employé à vouloir évaluer la « capacité à la bonne performance et à l’excellence » des services et des individus. En plus du regard que chacun peut jeter sur les agents du service public, je me suis surtout appuyé sur un groupe de personnes travaillant dans ce qui semble être le domaine le plus dynamique de l’économie nationale, le bâtiment. Parmi les nombreuses variables utilisées aux Etats-Unis pour évaluer la performance, je me suis limité aux suivantes : (1) la capacité à s’ouvrir au changement positif, (2) la capacité à fixer des priorités et à les suivre, (3) la capacité à fixer des objectifs organisationnels et à les suivre, (4) la capacité à résoudre les conflits, (5) la capacité à prendre ou à susciter la prise d’initiatives constructives, (6) la capacité à reconnaître et à promouvoir le mérite, (7) la capacité à reconnaitre et à sanctionner la faute, (8) la capacité à promouvoir la cohérence du travail en équipe.

Mes observations et mes calculs m’ont conduit à déceler des comportements qui, en moyenne, sont performants uniquement dans 3% à 5%. Cela veut dire que les individus et les services de mon échantillon consacrent au maximum 5% de leurs temps et activités à faire ce qui est profitable et permet le progrès. Ces services et ces individus consacrent au moins 95% de leurs temps à entrer en conflit, à susciter le conflit, à nier le mérite des autres, à bloquer les bonnes initiatives, à décourager la bonne cohérence dans le travail, à décourager l’intérêt public.

Mon échantillon renseigne qu’au Mali, on préfère les murmures des conciliabules au franc débat des réunions, on consacre l’énergie individuelle à poursuivre des buts personnels plutôt que de promouvoir l’intérêt général.

Ces résultats montrent que 95% du temps des services et des individus est consacré à détruire plutôt qu’à construire, à semer la division, la discorde que l’entente et la cohérence. Le plus alarmant est que les individus les plus retors dans l’échantillon sont ceux qui ont fait plus d’étude. Comment peut-on construire une communauté où les plus instruits sont les plus compromis ?

La taille de mon échantillon est trop faible (inferieure au seuil de 25 requis par ce que les statisticiens appellent la loi de Gauss), le temps consacré à mes observations est trop court pour prétendre avoir fait une étude scientifique rigoureuse. Mais ces éléments me permettent de « soupçonner » une tendance qui est que nous Maliens, nous ne sommes pas en quête de l’excellence.

Ceci ne permet pas d’être optimiste sur notre capacité à vaincre le sous-développement et la pauvreté. Bien entendu, il est possible de rencontrer dans chaque coin de rue, dans chaque service, ici ou là, une femme, un homme motivé par l’envie de réussir et ayant l’ardent désir de se sortir de la pauvreté par le travail bien fait. Mais la persistance entêtée de la pauvreté pousse à croire que ceux-ci sont loin d’être devenus des exemples suivis.

Il est capital, que parlant de la tendance lourde de notre société, ne soient ni oubliés, ni sous-estimés, ni découragés, ces braves Maliens de la bonne graine des bâtisseurs potentiels de la Nation malienne. Car il en existe bel et bien.

 

La vie politique nationale en 2010

Je suis inquiet d’entendre en ce moment même où j’écris ces lignes, que mon vieux camarade, Aly Nouhoun Diallo, aurait appelé au retour de l’Adema au pouvoir.

Si Aly Nouhoun veut appeler à un rassemblement des forces démocratiques, patriotiques et républicaines, alors je suis en accord avec lui. Peu importe comment il veut appeler ce regroupement. Mais si Aly Nouhoun veut ameuter les croque-morts qui ont conduit, 10 ans durant, l’espérance du peuple du 26 mars au cimetière, alors je suis en désaccord total avec lui.

L’Adema, ce parti politique malien que beaucoup de compatriotes ont rejoint dans l’enthousiasme et avec confiance, doit, en premier lieu, faire amende honorable, chasser de ses rangs les imposteurs, les brigands, les gangsters.

Ce parti, s’il possède encore comme je l’espère une partie saine, doit faire contrition au peuple de notre pays et devenir un temple d’où les pharisiens auront été chassés. Alors, seulement sera tendu de nouveau à l’Adema un habit de respectabilité que bien de Maliens, dont je suis, lui ont ôté.

Je voudrais dire à mon ami Aly Nouhoun que si, sans cette action de rédemption, l’Adema s’évertuait quand même à prendre le pouvoir, je ne serais pas surpris que de l’Est du pays, de l’Ouest du pays, du Nord du pays, du Sud du pays, de l’intérieur du pays, de l’extérieur du pays, des hordes de sans-chemises et de sans-culottes viennent l’en déloger. Je serai du nombre.

Je voudrais ici dire à ceux qui somnolent ou attendent d’être informés que la campagne électorale de 2012 est en train de prendre son départ. En deux ans, dans la période 2010-2012, nous allons avoir un referendum et deux élections majeures : les élections présidentielles et les élections législatives.

Qui peut donc affirmer que la publication officielle ou officieuse du « Rapport Daba Diawara » sur la réforme constitutionnelle ne constitue pas le « top-départ » de la campagne qui nous mènera à 2012 ? De ce que j’en sais, je peux affirmer que ce rapport, qui est le fruit d’un travail indiscutablement minutieux et renseigné, propose d’introduire dans l’ensemble institutionnel malien plus de problèmes qu’il n’en résout.

J’y ai aperçu des points extrêmement positifs comme le renouvellement par tiers du Conseil Constitutionnel, comme l’entrée au sein de ce conseil des anciens présidents sur titre et à vie (à condition de disposer de ses droits civiques).

En revanche, entre autres, la création d’un sénat, le renforcement exceptionnel des pouvoirs du président de la République au-delà des domaines du pouvoir régalien (défense nationale, affaires étrangères), la rétrogradation du Premier ministre qui, tout en disposant des forces publiques, ne peut, comme simple secrétaire-coordinateur, définir la politique de la nation, sont des points qui desservent la démocratie.

Le Premier ministre, dans une démocratie parlementaire ou semi-parlementaire, représente les forces politiques les plus importantes du pays.

Durant cinquante ans, l’Afrique a souffert de présidents omnipotents et de leurs partis uniques. La concentration de pouvoirs exorbitants dans les mains de ces présidents-à-vie n’a rien apporté de positif à l’Afrique. Comment croire que l’Afrique gagnera à mettre des présidents-demi-dieux à la place de présidents-à-vie ? L’Afrique a plutôt besoin de présidents qui ont une culture politique. Une culture politique vraie, démocratique et républicaine.

Le « Rapport Daba Diawara » propose un président-demi-dieu qui nomme tous ceux qui comptent dans la République sans la validation du parlement, sans autre source de contrôle. Ceci crée plus qu’un régime présidentiel exacerbé. Ceci est un régime monarchique. En plus, ce rapport fait que la personne du président sera inaccessible pour rendre compte de toute faute commise autre que la haute trahison.

Comment peut-on construire, dans une république, une femme ou un homme aussi puissant en lui donnant autant de pouvoirs et ôter toute possibilité de le rendre responsable ? En revanche, ce rapport fait du Premier ministre, fait des ministres et autres hauts responsables les vrais justiciables pour les fautes de régime.

 

Le Mali et les Maliens comme ils sont vus dans le monde en 2010

Cela fait partie du Malien que de voyager. Pour agrément ou pour affaire. Cette nouvelle année verra, hélas, de grandes restrictions portées à la mobilité des Maliens dans le monde.

Le Mali est arrivé à se trouver sous des projecteurs qu’il vaut mieux éviter. Le Mali est entré dans des listes qu’il n’est pas agréable de fréquenter.

Voyons un aspect de la façon dont le monde s’est intéressé au Mali à l’orée de 2010. Le vendredi 31 juillet 2009, toute la journée, a eu lieu au Parlement Européen, à Strasbourg, une réunion restreinte consacrée à la corruption au Mali. En été 2009, le Conseil d’Administration du FMI a consacré une pleine séance à la BHM. En novembre 2009, le Conseil de Sécurité a consacré une journée entière au Mali suspecté d’être fragilisé par la corruption au point d’être un ventre mou face à l’extrémisme religieux. En décembre 2009, le gouvernement français a décide de placer le Mali sur la liste des pays à surveiller. En décembre, les agents secrets américains sont venus enlever trois fanfarons Maliens avec risque d’inscrire le nom du Mali au chapitre jouxtant celui où sont inscrits la Somalie, le Yémen, le Pakistan, l’Afghanistan, etc.

Les Maliens méritent-ils un intérêt aussi douteux ? Certainement pas. Mais ceci est un aspect du regard que le monde, en ce début d’année 2010, porte sur notre pays. Nous ne pouvons l’ignorer.

 

Que pouvons-nous faire ?

Les Maliens doivent-ils se laisser envahir par la colère ? La peur ? Le découragement ? Non. Mais que faire ? La réponse se trouve dans la formule d’Emmanuel Kant : « Supere aude », c’est-a-dire : «Sauve-toi par ta capacité à comprendre et à agir ».

Il nous faut construire une économie capable de produire de la richesse. Pour construire une économie, nous devons sauver notre richesse humaine et notre environnement. Mais nous savons que les enfants africains sont sous la menace d’une sévère malnutrition. Certains diront que cela n’est pas nouveau. Mais nous devons savoir qu’un enfant malnutri durant les premiers mois de sa vie sera intellectuellement diminué toute sa vie. La science vient juste de découvrir ces dernières semaines que le stress excessif est en train de faire vieillir les femmes africaines à une vitesse effrayante. C’est ce qui explique l’apparition de formes très agressives de cancers chez la femme noire même très jeune.

Le monde est aux portes du système dit de l’économie du changement climatique. Une fois de plus, l’Afrique veut parcourir le monde sa sébile de mendiant sous le bras. Le monde ne la prendra pas au sérieux. Ce monde considère que les pays qui sont sérieux en matière environnementale sont ceux qui attaqueront la sauvegarde de leur environnement naturel par eux-mêmes au moins à 80%. Le monde pourra aider pour les 20% restant.

En raison de tout cela, je souhaite que 2010 soit l’année où le Mali ouvrira plus largement la porte à son avenir en donnant la plus haute importance à l’éducation et en célébrant le mérite des meilleurs individus des générations présentes et à venir.

Pour ce faire, je poursuis mon appel aux forces démocratiques, patriotiques et républicaines afin qu’elles se mettent ensemble et se fassent représenter par un candidat unique aux élections présidentielles de 2012. Le sérieux de la situation exige de mettre fin au folklore d’une liste infinie de candidats valant chacun moins des 0,5% des voix. Le leadership est capital. Mais l’avenir du Mali dépend du comportement, des idées et des ambitions de chaque Malien.

 

Dialla Konate

Blacksburg, 13 janvier 2010

* Le titre est de la rédaction

 

Info-Matin du Vendredi 15 Janvier 2010

 

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